Interview de Diran Karabéguian

Volontaire en service civique

Tu nous présentes ton parcours scolaire et/ou professionnel ?

Je m’appelle Diran Karabéguian, j’ai 25 ans et j’habite à L’Isle sur la Sorgue. L’année dernière, j’ai effectué un service civique de 9 mois dans l’association Cinambule à Cabrières d’Avignon. Après avoir obtenu un bac ES en 2012, je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. J’ai choisi la filière AES (Administration Économique et Sociale) car étant plutôt générale, cette dernière pouvait m’ouvrir sur différents cursus et surtout ne pas me fermer de portes. Durant mes études, j’ai travaillé pendant les vacances d’été en tant que manutentionnaire. J’ai obtenu ma licence en 2015, mais je n’étais pas plus avancé quant à mon projet professionnel. Pendant les vacances qui ont suivi, j’ai trouvé un travail dans le commerce, d’abord en tant que vendeur, puis comme gérant d’un magasin de confiseries. Cet emploi m’a permis de découvrir que la relation avec la clientèle et l’autonomie dans mon travail me correspondaient, ce qui m’a motivé à créer ma propre petite entreprise en 2016. J’ai donc décidé de monter mon auto-entreprise de commerçant ambulant de maroquinerie sur les foires et marchés de la Drôme. Une fois la saison d’été terminée, je me suis rendu compte que malgré le plaisir que je rencontrais dans ce métier, je ne me voyais pas continuer dans cette voie. Comme beaucoup de jeunes, j’avais toujours eu cette envie de voyager. Avec mon pécule, j’ai donc décidé de partir en Afrique du Sud dans l’espoir d’en apprendre plus sur moi-même et de pouvoir vivre de ma passion : la musique. J’ai pris un billet aller en prévoyant un voyage en solo de 3 mois, avec l’objectif d’enregistrer des musiques traditionnelles en vue d’en faire un carnet de voyage musical. En Décembre 2017, je me suis donc envolé pour Johannesburg avec mon sac à dos et mon enregistreur audio. Ce voyage de 3 mois est devenu une aventure d’un an à travers l’Afrique australe. Voyageant avec les transports locaux et en stop, j’ai eu l’occasion de faire la connaissance de beaucoup de personnes, notamment le musicien Oudskul, dans le bidonville de Waterloo à Durban en Afrique du Sud, avec qui j’ai produit et composé un album reprenant une partie des samples enregistrées pendant mon voyage. En Namibie, j’ai également fait la rencontre de Kelly Witbooi, réalisateur Namibien, avec qui j’ai réalisé le film documentaire The Voice of The Bush, sur la tribu des Ju’hoansi en Namibie. Ce voyage m’a permis de conjuguer mon envie de découverte avec mon souhait de faire de la musique tout en découvrant l’univers de l’audiovisuel.

Pourquoi avoir fait le choix de t’investir dans une mission de service civique ?

De retour en France, mon objectif premier était de monter le film, trouver les financements et composer la musique originale. J’ai trouvé les financements l’année même, grâce à un dispositif de financement destiné aux jeunes : le FIJ (Fond d’Initiative Jeunesse). En parallèle, je m’attelais à la composition de la bande originale du film et coordonnais depuis la France le montage et les traductions en Namibie. En Mars 2018, Fransesco Antonio Lisciandra du PIJ ( Point Information Jeunesse) de l’Isle sur la Sorgue m’a informé d’une offre de service civique dans le milieu du cinéma. J’ai vu là une bonne opportunité d’acquérir des connaissances en audiovisuel, dans le milieu du court-métrage, et de pouvoir monter de nouveaux projets. Mes horaires de travail en service civique (24h par semaine) me permettaient d’avancer sur le film en parallèle. Mon premier contact avec l’un des présidents de l’association a confirmé mon envie de m’engager dans cette voie. J’ai tout de suite adhéré à l’objectif associatif, et j’ai donc pu allier mes envies avec les missions de l’association.

Quelles étaient tes missions au sein de Cinambule ?

Chaque année, en novembre, Cinambule organise les rencontres Court c’est Court, festival de court-métrage de Cabrières d’Avignon. Dans ce cadre, je m’occupais des commandes de films et du contact avec les réalisateurs et agences de production pour négocier les tarifs de diffusion des films. Pendant la durée du festival, j’ai animé le LEM (Laboratoire d’Expériences Multiples), lieu d’expérimentation des différentes techniques de cinéma d’animation à destination des festivaliers, et j’ai également participé à l’accueil et à la mise en place du festival. Outre le festival, l’association propose d’autres activités tout au long de l’année pour sensibiliser le public au court-métrage :

– L’éducation à l’image : nous intervenons dans les établissements scolaires de la région PACA pour réaliser, monter et projeter des courts-métrages d’animation. J’ai ainsi effectué ces actions avec mes collègues bénévoles et salariés. – Le pôle diffusion, qui consiste en 2 actions principales : la tournée Cinévillage d’une part (projection de courts-métrages en plein air dans les villages de la région et d’ailleurs), et la tournée Ciné-été qui se déroule à Avignon. Dans cette action, j’ai mis en place et organisé avec l’aide des bénévoles les projections en plein air. À cette occasion, j’étais également projectionniste, je présentais les séances et j’animais les débats. Enfin, d’une manière générale, j’ai établi des comptes-rendus de nos actions et j’effectuais des tâches propres au fonctionnement de l’association. Cette expérience a été très enrichissante pour moi de diverses façons : ce travail a confirmé mon goût des relations humaines, grâce au travail d’équipe, la rencontre avec des jeunes et les enfants, le grand public, les bénévoles et les professionnels du métier du cinéma. J’ai aussi découvert l’aspect technique : les techniques de projections, techniques d’animation de débats et de montage de film. Ce Service Civique m’a permis de me familiariser avec le milieu associatif, de découvrir l’univers du court-métrage et du cinéma en général, de prendre des responsabilités dans la mise en place de projets, et d’ouvrir mon esprit à de nouvelles façons de faire du cinéma. Ceci a confirmé mon envie de travailler dans ce milieu.

Une anecdote particulière vécue pendant cette mission ?

Je me rappelle de ma première projection en plein air au cirque de Navacelle. Le cadre était magnifique, mais les conditions météo étaient trop mauvaises pour assurer la projection. Le vent menaçait de faire tomber l’écran et la pluie d’endommager le matériel. Malgré ces imprévus, nous avons trouvé le moyen d’assurer la projection dans une petite église. Le lieu était trop petit pour accueillir l’écran. Il nous a donc fallu user de stratagèmes pour le réduire de moitié sans affecter la qualité d’image. Finalement, la projection fut un succès et le public au rendez-vous. J’aime ces situations où il faut improviser et faire preuve de débrouillardise. C’est aussi dans ces moments-là que l’on prend conscience de l’importance de notre travail, en faisant découvrir et en partageant des films, en échangeant des points de vue, et en suscitant de nouvelles envies ou même des passions chez le spectateur. Ce sont, selon moi, tous ces moments de partage qui donnent sens au travail de cette association.

Tu nous parle un peu plus en détail de ton film "The voice of the Bush" ?

The Voice of the Bush est un film documentaire de 30 minutes. Fruit de ma rencontre avec le réalisateur Kelly Witbooi, il montre le quotidien d’une communauté San du Nord-Est de la Namibie et leur volonté de préserver leur culture face à l’influence de la modernité. Il est aussi le témoignage de notre aventure à travers la Namibie pour trouver cette communauté et vivre avec eux. Ce film est à l’image de mon voyage : imprévu et spontané. Il a entièrement été réalisé sans argent et n’a été possible que grâce à la générosité des habitants. Il est le regard croisé entre un Français et un Namibien sur la culture San et plus particulièrement la communauté Ju’hoansi. Durant ce voyage, nous avons partagé le quotidien de cette communauté en essayant de nous adapter à leur mode de vie. J’ai composé la bande originale du film avec l’objectif de faire ressentir l’atmosphère, la réalité du lieu et de transmettre mes impressions et ressentis à travers la musique. Pour créer mes compositions, j’ai utilisé les enregistrements audio pris sur place comme "matière première" et base d’inspiration. Sélectionné au Festival international du film d’Afrique de Cap Town en Afrique du Sud, le film a reçu le prix du meilleur documentaire dans la section « Art, culture et musique », et a aussi été récompensé dans la section « Capturing Africa’s WildLife ». Vous pouvez visionner ce film en libre accès sur ma chaîne YouTube : « Diran Karabeguian, The Voice of The Bush ».

Quels sont tes projets à venir ?

Je suis toujours actif au sein de l’association Cinambule. Début février 2020, j’irai avec l’équipe des programmateurs au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand pour sélectionner des courts-métrages en vue de la programmation du festival Court c’est Court 2020. J’ai comme projet de finir mon album qui compilera les musiques du film avec d’autres compositions indépendantes. Certains extraits de l’album sont déjà disponibles sur mes chaînes YouTube et Soundcloud. Je prévois également la réalisation d’un deuxième documentaire sur une communauté d’Asie du Sud-Est. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant, mais vous pourrez suivre l’avancement du projet sur ma chaîne YouTube.

Informations complémentaires :

Pour visionner le film cliquez ici

Pour retrouver la chaîne de Diran Karabéguian, cliquez ici


Agenda

<<

2020

>>

<<

Juillet

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
293012345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829303112